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  • Hélène Macaire

Énergie créative & Temps : la fin de l’illusion taylorienne…

Dernière mise à jour : 13 juil. 2020

Il y a une chose que j’ai toujours trouvée incroyablement questionnable… Le fait de croire, notamment pour tous les métiers qui ont une forte composante créative, qu’elle soit intellectuelle ou manuelle, que les règles issues du paradigme taylorien s’appliquent. Qu’elles sont la condition sine qua non de la création de valeur.

La croyance pourrait être résumée de la manière suivante : « parce que j’investis X input de temps, j’aurai Y input de résultat » (Y étant un multiple de X. Enfin du moins, on l’espère très fortement !).

Autrement dit, nous établissons une corrélation entre le temps passé et la valeur créée. Et nous partons également implicitement du principe que tous les temps se valent, qu’ils sont linéaires en quelque sorte. Une heure passée devant mon ordinateur a la même valeur ou le même potentiel de création de valeur qu’une heure passée en réunion de travail dans un espace clôt ou qu’une heure passée sur la pelouse à écouter le chant des oiseaux à l’heure du déjeuner.

Nous avons donc créé des business models entiers sur le temps investi et sa supposée linéarité dans le mécanisme de création de valeur. C’est le principe du salariat : j’ai un taux horaire. C’est le principe du conseil : j’ai un taux journalier.

Pourtant, nous savons d’expérience que nous pouvons créer énormément de valeur en une phrase ou en 15 minutes de discussion informelle… et pas grand-chose de formidable en 5 réunions de deux heures. Nous pouvons avoir une idée fabuleuse sous la douche, sans y penser… et sécher lamentablement des heures durant en regardant le plafond de notre open space.

Néanmoins, nous continuons à faire comme si tous les temps se valaient, que leur qualité étaient identiques. Nous tombons alors très facilement dans ce que les sociologues appellent un goal displacement, un déplacement d’objectif : occuper mon temps, justifier que je l’occupe devient plus important que d’en faire réellement quelque chose de productif. Parce que nous préférons rester dans des métriques apparemment « sécures » : le contrôle du temps de travail, le contrôle du lieu de travail, le contrôle des processus de travail… Ainsi nous croyons maîtriser le temps et la valeur qu’il nous permet de créer : nous savons ce qui va s’y passer. Et puis comme cela, tout le monde est logé à la même enseigne : pas de jaloux.

En réalité, l’énergie créative n’a que faire de ces règles et de ces systèmes. Elle ne fonctionne tout simplement pas comme cela. Elle est non-linéaire. Elle a besoin d’espace. D’évasion, d’ouverture. Qu’on lui foute la paix.

Quand je n’arrive pas à avoir des idées pertinentes sur un sujet, aller marcher une heure et arrêter d’y penser est terriblement plus efficace que de me forcer à écrire coûte que coûte « parce que c’est comme ça que je suis sensée bien travailler ». Je réfléchis par ailleurs bien mieux dans la nature, en mouvement et au contact des arbres et du soleil que vissée à ma chaise ergonomique de travail sous un néon.

L’inspiration prend la forme d’insights, de téléchargements inopportuns. Qui peuvent surgir n’importe où. Et généralement quand on s’y attend le moins. Quand on cesse d’y penser, justement.

L’énergie créative fait souvent sens a posteriori : quand on regarde à la fois le résultat et le chemin parcouru. A priori, elle semble souvent étrange, effrayante ou « abracadabrantesque ». Ce qui nous donne possiblement des tonnes de raisons de ne pas la suivre. Parce qu’elle n’est ni logique, ni raisonnable. Et certainement pas rassurante.

L’énergie créative est une énergie de magie. Qui suppose de notre part un lâcher-prise. Un abandon à notre subjectivité. Une soumission à l’inconnu. La loi est la suivante « j’investis X input de temps, et j’aurai Y input de résultat. Ou W. Ou Z. En fait, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que je me fais confiance pour que le résultat final soit incroyable. Parce que j’ai foi en mon intuition et en mes capacités. »

L’organisation taylorienne, prédictible, répétitive, basée sur des métriques connues tue cette magie. Elle permet de créer massivement de la valeur dès que l’on rentre dans de la production standardisée et standardisable.

En revanche, pour activer notre magicien… rien ne vaut le fait d’oser sortir des sentiers battus.






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