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  • Hélène Macaire

Entrepreneurs, quelle est votre utopie ?

Dernière mise à jour : 13 juil. 2020

J’ai envie de vous parler aujourd’hui d’un concept qui m’a toujours fascinée et que je trouve très pertinent pour penser la création ou le développement de son entreprise. C’est celui de « canevas d’utopies » du philosophe américain libertarien Robert Nozick.

En bon libertarien qui se respecte, Robert Nozick propose une philosophie politique très « minimaliste ». Dans son modèle théorique, l’Etat – réduit à ses fonctions régaliennes – a pour fonction de permettre l’orchestration des « canevas d’utopies ». En tant qu’individu autonome et responsable, je suis libre d’adhérer, de participer ou de construire les utopies qui vibrent avec ma vision du monde. Et je suis libre d’en partir quand le sentiment d’adéquation n’existe plus. Le canevas d’utopies est donc cet espace ouvert, indéterminé et en permanente reconfiguration et qui permet à chacun de faire sédition et de créer de nouveaux mondes.

Quand vous entreprenez et que vous dirigez, vous créez votre utopie. Ou idéalement c’est ce que vous faites. Je dis bien idéalement, car un certain nombre de peurs et d’angles morts peuvent vous amener à ne pas concevoir l’utopie qui est la vôtre. Car l’utopie est singulière. Et l’utopie est extrêmement précise. Quel monde voulez-vous créez ? Avec qui ? Quels sont vos clients idéaux ? Quelle équipe voulez-vous avoir à vos côtés ? Quelles sont les règles du jeu dans votre espace ?

Quand vous connaissez votre utopie, qu’elle est véritablement la vôtre – et non celle du voisin, de votre ancien patron ou de votre mère – et que vous êtes disposé à faire les investissements ou sacrifices nécessaires pour la faire advenir, vous devez véritablement le leader de votre vie. Vous êtes individué, singulier et, partant, magnétique. Vous exprimez votre vérité et votre propre « tribu » vient à vous. Non pas contrainte et forcée, non pas mue par la peur, mais parce qu’elle se reconnait dans votre discours. Qui vous êtes entre en résonance avec qui elle est.

Comme le dit très justement Simon Sinek dans sa conférence « How great leaders inspire action », le peuple américain est venu voir le discours de Martin Luther King non pas pour Martin Luther King mais pour lui-même : « They showed up for themselves ». Parce qui il était vibrait avec leurs propres convictions, leurs propres « why ». Martin Luther King ne disait pas aux gens comment changer, il partageait, à travers son « I believe », sa propre utopie. Il était le souverain de sa propre vision et attirait à lui sa propre tribu.

Ce que je trouve par ailleurs très intéressant dans la notion de canevas d’utopies, c’est son caractère flexible et expérimental. Dans le monde idéal de Robert Nozick, les utopies qui s’avèrent insatisfaisantes après expérimentation concrète meurent. En fait l’utopie n’est pas tant définie de manière conceptuelle et a priori que par le fait de la vivre et de l’incarner. Si l’utopie ne correspond pas à mes réels standards et aspirations, si je ne mobilise aucune personne pour partager ce rêve éveillé, alors elle disparait. Sans état d’âme. Sans ciller. On passe tout simplement à autre chose : à une autre utopie.

Pourtant, combien de fois nous accrochons-nous à ce job qui ne nous fait plus vibrer depuis longtemps, à cette ligne d’activité qui malgré sa rentabilité ne correspond pas à la façon dont nous avons envie de dessiner notre entreprise pour les années à venir, à cette conception de notre rôle de dirigeant ou de notre façon de manager alors qu’elle ne reflète plus notre moi profond ?

Pour incarner sa propre utopie, tout est dans le principe du « NO / KNOW ». « NO » : oser dire non à ce qui ne cadre pas avec mon utopie. « KNOW » : je sais précisément quelle utopie je crée et je m’y tiens. Peu importent les difficultés et les défis.






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