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  • Hélène Macaire

La disruption est une destruction ou une perversion de codes moraux.

La disruption introduit un élément nouveau dans le champ de conscience collectif. En ce sens, elle vient ripper, déformer, fracturer une façon de vivre le monde. Elle injecte quelque chose d’étranger. Elle génère une expansion du champ des possibles. Elle repousse les limites.

La disruption – ou l’art, qui pour moi sont relativement proches, car pour moi nous commençons véritablement à faire de l’art quand nous avons libéré notre génie disruptif – n’est pas, quand on la considère de près, que l’introduction d’un élément alien au champ de conscience collectif.

La disruption représente – et c’est en ce sens qu’elle s’avère pour l’individu qui la porte autant jouissive que terrifiante – une destruction ou une perversion de codes moraux.

La disruption s’accompagne d’une reconsidération des frontières entre le bien et le mal, le permis et l’interdit, le normal et le pathologique, le beau et le laid, le sain et le déviant, voire le dangereux.

C’est en cela qu’elle porte une dimension « monstrueuse ». Sulfureuse. Scandaleuse. Qu’elle dérange et qu’elle fascine. Qu’elle répugne et qu’elle intrigue.

En tant que récepteur, elle nous désoriente, nous étourdit car elle vient violenter nos représentations. Et nous oscillons entre le fait d’être excité par cette expérience riche de promesses et le fait de la rejeter car elle ne cadre pas avec ce que nous avons appris ou cru. Parce que dans un premier temps, elle ne fait tout simplement pas sens dans notre psyché : nous ne la comprenons tout simplement pas.

C’est pour cela que la disruption ou l’art s’accompagnent régulièrement d’un parfum de scandale.

Que Baudelaire, en célébrant dans ses poésies le putride, la charogne et le mal, a été attaqué en 1857 pour offense à la morale publique.

Que la petite robe noire de Gabrielle Chanel lancée en 1926 et bousculant les codes corsetés et drapés de la mode féminine, et en empruntant à l’univers des veuves et des domestiques, a tout d’abord fait scandale.

Que le choix de faire du costume masculin un attribut du vestiaire féminin en 1971 par Yves Saint Laurent s’est accompagné en partie de cris d’orfraie. Le journal américain Women’s Wear Daily avait alors décrit Yves Saint Laurent comme le « lanceur de bombes le plus élégant du monde de la mode ».

Formule fort à propos, car en effet, quand vous disruptez, vous lancez des bombes. Vous détruisez tout autant que vous créez.

Ce qui, pour la personne portant et injectant ces codes disruptifs peut s’avérer tout autant jouissif qu’inconfortable, voire terrifiant. Elle est de fait souvent un mélange des deux.

Elle excite le créateur car il crée un nouveau monde – le sien – à partir de son moi des profondeurs. Elle le terrifie également car elle vient activer dans son imaginaire la peur de finir marginalisé ou sur le bûcher… Peur qui peut conduire au fait de réfréner l’ampleur de l’œuvre ou du style disruptif que l’on porte en soi. Pour rester « entendable », « digestible » socialement.

Pourtant, en réfrénant l’ampleur ou le contenu de son œuvre, le créateur se frustre, dépérit. Car il est coupé de lui-même. En bridant son flux créatif monstrueux, car perçu en premier lieu par lui-même comme immoral, il le retourne alors contre lui-même. Il s’empoisonne avec ce qu’il ne peut mettre au monde.

En travaillant avec vous sur la libération et l’amour de votre monstre intérieur, je vous permets de garder la jouissance liée à l’acte créatif disruptif en supprimant la terreur liée au fait d’être porteur de cet imaginaire transgressif. D’avoir ce désir chevillé au corps d’aller là où personne n’est encore allé. Et de le transcrire, avec la forme qui est la vôtre, dans la matière.




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