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  • Hélène Macaire

Une réinterprétation du principe de Peter.

Dernière mise à jour : 13 juil. 2020

Vous connaissez le principe de Peter : « Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence ». Avec pour corollaire l’assertion suivante : « Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en assumer la responsabilité. »

Peter n’était pas d’un optimisme forcené, c’est le moins qu’on puisse dire !

Ce que j’ai toujours trouvé très amusant, quand ledit principe est mentionné, c’est que spontanément nous pensons tout de suite à certaines personnes de notre entourage : « c’est tellement vrai, ça me fait penser à mon patron », « ah oui, ça me rappelle mon ancien collègue », « j’avais un prestataire, qu’est-ce qu’il était mauvais ! ». L’incompétent, c’est donc toujours l’autre. Jamais nous.

Eh oui, nous avons tendance à nous dispenser d’analyse critique en la projetant sur l’extérieur !

Nous, nous sommes compétents. Bien évidemment. Si nous n’arrivons pas à accomplir une tâche ou atteindre un objectif, nous avons une ou plusieurs bonnes raisons à avancer : « le marché est en crise », « mon chef ne me soutient pas », « mes clients ne sont jamais contents »…

Ces charmants biais cognitifs ont trois grandes valeurs ajoutés (au moins à court terme. A long terme en revanche…) :

1/ Nous préservons notre estime de nous-mêmes.

2/ Nous n’allons pas regarder notre responsabilité dans la situation que nous vivons.

3/ Nous évitons de devoir transformer nos modes de pensées ou nos pratiques, chose qui peut susciter des émotions assez désagréables, comme la peur de l’inconnu ou la connexion avec notre propre sentiment d’impuissance.

Car après tout, nous pourrions « cadrer » cognitivement différemment notre réalité pour retrouver une responsabilité et une puissance personnelle : « où puis-je trouver des relais de croissance ? », « ai-je fait part de mes besoins à mon chef et si je n’obtiens pas son soutien, qu’est-ce que je décide de faire à terme ? », « puis-je trouver des clients avec qui le feeling passe ou comment puis-je transformer ma relation client ? ».

Nous avons donc intérêt à nous appliquer une version « optimisée » du principe de Peter. Non pas une version culpabilisée : « je suis trop nul, je suis incompétent, je vais me rouler en boule et mourir de honte et de désespoir ». Mais une version d’humilité et d’empowerment. C’est-à-dire reconnaître que nous ne savons (pour le moment) pas, que la situation à laquelle nous sommes confrontés – que ce soit lors d’une prise de poste, d’une restructuration ou d’une mutation du marché – va exiger de nous une montée de niveau. Et que nous allons faire le nécessaire pour passer au travers.

Nous devons prendre conscience que, dans cette situation inédite, il nous sera nécessaire tant d’apprendre que de désapprendre. Et j’insiste volontairement sur le désapprendre, qui est ce qui suscite le plus d’inconfort pour l’esprit humain. Qui s’accroche à ses représentations comme une moule à son rocher.

Pour monter en puissance, nous devrons véritablement aller au-delà de nous-mêmes. Nous allons devoir détruire certaines croyances, certains circuits neuronaux générateurs de routines (et donc de stabilité perçue !). Et parfois, nous devrons détruire plus que cela : une partie de notre identité. Autrement dit, une certaine vision de nous-mêmes.

Peter avait manifestement une vision « fixiste » de l’être humain. Il ne pariait ni sur sa plasticité cérébrale, ni sur ses possibilités de croissance.

Alors, pour lui donner tort, rappelons-nous ceci… La vie professionnelle est comme un jeu vidéo : pour passer au niveau suivant, nous allons devoir : maîtriser le niveau précédent et affronter le « boss ». Qui est en fait la partie limitante et apeurée de nous-même.






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