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  • Hélène Macaire

Vérité, Monstre & Amour de soi.

Dernière mise à jour : 21 oct. 2020

J’insiste énormément sur le lien entre créativité, génie disruptif et monstre.

Regarder votre monstre pour ce qu’il est vraiment (une source de joie, de puissance et de créativité personnelle) et non pas pour ce que vous croyez qu’il est (un truc horrible et dégueulasse que vous vous ingéniez à refouler autant que vous pouvez) vous permet de créer à partir de votre singularité et non plus contre elle ou en dépit d’elle.

Mais la (re)connexion avec votre monstre est également un acte formidable d’amour de soi.

En intégrant votre monstre et en retirant méthodiquement vos couches de « moi de surface » - certains psychologues l’appellent le « faux self » - vous accédez à un puissant, durable et très apaisant sentiment de complétude.

Vous arrêtez de faire des efforts pour être quelqu’un d’autre que vous. Vous arrêtez les mécanismes désastreux de comparaison à autrui ou de « fouettage personnel » d’être quelqu’un d’aussi peu satisfaisant à vos yeux. Vous en avez fini avec la frustration latente de « passer à côté de votre vie », de ne pas « accomplir ce pourquoi vous êtes là ».

Vous en avez terminé avec la dissonance cognitive, ce décalage souvent subtil entre le « soi mondain » et le « soi profond ». Vous faites l’expérience profonde de l’intégrité et de la congruence car vous êtes en paix avec qui vous êtes, vos vrais désirs, vos véritables ambitions. Et surtout, vous avez fait ce qu’il faut pour être assez solide pour les assumer, les porter et les choisir encore et toujours au quotidien.

Pourquoi ? Parce l’acte de vérité personnelle que vous faites et qui consiste en :

  • 1/ Retirer de vous ce qui n’est pas vous – toutes les injonctions, croyances, normes, visions du monde auxquelles vous vous êtes cru obligé de souscrire ;

  • 2/ Réintégrer en vous vos parties les plus terrifiantes car perçues comme hautement incongrues ou a-normales ;

  • et 3/ Partir de cela pour créer l’œuvre singulière qui vous tient à cœur et vous engager à la faire sortir de terre

… est un formidable acte d’amour.

Le seul qui en tout cas a fonctionné – et fonctionne durablement – pour moi. C’est la solution que j’ai trouvée pour répondre à mon propre désamour personnel.

Car les techniques habituellement proposées sur le marché pour développer la connaissance et l'amour de soi n’ont pas eu les effets escomptés sur moi.

J’ai fait des listes de mes qualités et de mes compétences. J’ai reconnu mes talents. J’ai obtenu des feed-backs positifs concernant ma valeur professionnelle.

J’ai fait mes profils MBTI, ennéagramme, et quelques autres.

Je suis allée explorer mon passé et la façon dont je me suis construite psychologiquement.

J’ai fait de l’hypnose, de la méditation, de la gestalt.

J’ai fait des cahiers de gratitude et des techniques de psychologie positive.


Eh bien, au bout du compte… Je ne m’aimais toujours pas. Je me connaissais et me comprenais mieux. Je me détestais moins les ¾ du temps. J’avais globalement confiance en moi et en mes capacités. Mais je ne m’aimais pas. Et dans les mauvais moments, la haine de moi et son goût de ferraille amer en bouche refaisaient surface. Parfois, je me détestais même de ne pas réussir à m’aimer avec toutes ces techniques que je testais et qui sur moi ne fonctionnaient pas vraiment.

Pourquoi ?

Parce que je n'allais pas vraiment à la racine de ma problématique.

Parce que je continuais à me construire et à faire des choix pour devenir et exprimer ce que je devrais être selon des normes et des croyances qui n’étaient pas les miennes.

Parce que je croyais qu'il fallait que je me normalise pour être en lien avec le monde extérieur. Je faisais des efforts considérables pour faire taire mon monstre intérieur qui me terrifiait tant il me semblait hors cases. Etrange. Non-humain.

Au lieu de créer mon œuvre à partir de mes profondeurs, au lieu d'utiliser ma pulsion de vie pour faire sortir ce que je portais en moi de plus intime et de plus personnel, au lieu de proposer mon monde comme une expérience parmi d’autres et viendrait qui en aurait envie… Je dépensais une énergie terrible à faire sens. A faire mon métier « selon les règles ». A être une « bonne professionnelle », « une bonne personne ». Qui se contorsionne et performe dans un paradigme qui n'est pas ajusté… car elle croit dur comme fer qu’il n’y a pas d’autres alternatives et que « vivre en société, c’est ça ».

Et ce faisant, en niant jour après jour qui j’étais, je me coupais à la fois de ma source de créativité – la vraie, celle qui vient de nos profondeurs – et de la seule façon de m’aimer.

Je croyais que je me détestais à cause de ce que je voyais en moi de "monstrueux" car bizarre, a-normal et transgressif. Quand en réalité, la haine intérieure venait de ce rejet que j'avais de moi-même et de l'intensité avec laquelle j'essayais de me cadrer pour rester dans les clous des injonctions que j'avais intériorisées.

Et puis un jour, la lumière s’est allumée dans mon esprit. J’ai compris que je ne trouverai pas les clés de l’amour de moi et de l’épanouissement professionnel au sens où je l’entends (qui est un sens créateur et existentiel) dans les modèles extérieurs. Qu’il me fallait faire seule la dernière partie du chemin, partir à ma rencontre. Faire in fine sortir de moi ce qui bouillonnait depuis si longtemps.

Ce que j'ai compris profondément, c'est que l’amour de soi n’a rien à voir avec le fait d’être apprécié et valorisé par l'extérieur.

L’amour de soi tel que je le conçois aujourd’hui réside dans une profonde allégeance à nous-mêmes, y compris dans les aspects de nous qui nous terrifient car ils ne cadrent pas avec l’existant ou la norme. Dans un engagement personnel à – comme le dit si bien Nietzsche – devenir qui je suis. A l’exprimer, à créer depuis cet espace, en ne transigeant pas avec cet engagement à la moindre inquiétude ou difficulté (« Est-ce que je vais être aimé ? », « Est-ce que je vais être validé ? », « Est-ce que je ne vais pas me retrouver sans ressources si je suis ma voie qui n'a rien d'une autoroute bien balisée ? »).

L’amour de soi demande du courage. C’est une exigence forte et sans cesse renouvelée d’incarner et de porter ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes.

In fine, l’amour de soi n’est pas théorique, il est à mon sens cognitif, énergétique et pratique.

  • Cognitif, car il dépend de la façon dont vous encodez mentalement le réel, vos expériences, et in fine vous-même. Il est inversement proportionnel à la quantité de bullshits que vous vous racontez vous concernant.

  • Energétique, car toute action qui n’est pas en pure congruence avec vous vous plombera – même subtilement. Et viendra laisser des traces dans votre vitalité.

  • Pratique, car l’amour de soi, c’est avant tout la résultante de décisions et d’actes en intégrité avec vous-mêmes. Et le fait de créer enfin votre œuvre, d'assumer enfin votre style disruptif et singulier est à mon sens un des plus forts actes d’amour qui existe. Parce que cela signifie que vous êtes prêts à faire tous les investissements et sacrifices nécessaires pour accoucher de vous-même.






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